Le Canada est-il prêt à aborder les questions de santé animale?

Rory McAlpine est le coauteur d’un article d’opinion sur l’état de préparation du Canada pour aborder les questions de santé animale.

Rory McAlpine est le coauteur d’un article d’opinion sur l’état de préparation du Canada pour aborder les questions de santé animale.

Rory McAlpine, vice-président principal, Relations avec le gouvernement et l’industrie chez les Aliments Maple Leaf, est le coauteur d’une lettre d’opinion intitulée Santé animale Canada : Un nouveau verrou de sûreté sur la porte d’en avant qui a été publiée dans un certain nombre de publications spécialisées à travers le Canada.

Voici la lettre dans son intégralité.

Santé animale Canada : Un nouveau verrou de sûreté sur la porte d’en avant

« Les problèmes principaux auxquels fait face la gouvernance des politiques en matière de santé animale au Canada… sont la fragmentation de l’autorité et des responsabilités, le grand nombre d’intervenants au sein et à l’extérieur du gouvernement et l’absence d’un mécanisme simplifié et transparent afin de réaliser une cohérence globale dans un secteur de politique complexe. Bref, le système a besoin d’être simplifié. »

- Institut sur la gouvernance, 2013

L'industrie canadienne de l'élevage des animaux a la vie dure. Qu’il s’agisse d’essayer de répandre le fumier de porc sur les champs détrempés au Manitoba avant la date limite de l’hiver ou de réintégrer notre bœuf et notre porc en Chine à la lumière d’une impasse politique aux proportions épiques ou de voir les produits de remplacement de la viande et du lait séduire les cœurs et les estomacs des consommateurs, il devient difficile de demeurer optimiste.

Par contre, la demande mondiale de protéines animales est toujours en plein essor, peu de pays bénéficient du statut d’exportateur de viandes rouges dont jouit le Canada et, que vous les aimiez ou les détestiez, nos systèmes de gestion de l’offre des produits laitiers et de volaille font l’envie des fermiers de nombreux pays.

Mais malgré tout, une menace plane sur notre industrie de l’élevage des animaux – de la ferme au transformateur au prêteur – face à laquelle les perturbations produites par la météo, les marchés et les régimes alimentaires pourraient sembler modestes. Cette menace provient de maladies animales exotiques qui ferment les frontières et, plus important encore, du système inerte et fragmenté du Canada pour les prévenir, s’y préparer, y intervenir et s’en rétablir.

En élevage des animaux, tout le monde est au courant de la dévastation de la peste porcine africaine : il est maintenant probable que la Chine a perdu la moitié de sa production porcine et le virus continue à semer la mort à travers neuf pays voisins. Plus près de chez nous, qu’il s’agisse de la gourme chez les chevaux en Ontario, la diarrhée épidémique porcine au Manitoba ou la tuberculose bovine en Colombie‑Britannique, les pressions exercées par des maladies animales qui limitent la production sont fort réelles et elles augmentent. Au cours des trente dernières années, nous avons survécu à beaucoup plus que quelques situations de crise et « d’incidents évités de justesse » chez de multiples espèces, y compris l’espèce humaine menacée par une maladie d’origine animale (qui peut oublier 2003 lorsque nous avons connu l’encéphalopathie spongiforme bovine [ESB] ainsi que le SRAS).

Et en réponse aux menaces croissantes, de la formation du Comité consultatif canadien sur la santé des animaux au cours des années 1970 à la Stratégie sur la santé des végétaux et des animaux approuvée par les ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux (FPT) en 2017, nous n’avons pas été à court de stratégies, coalitions, réseaux d’information, programmes et outils. Le gouvernement est bon en « consultation » et l’industrie est bonne en « lobbying ».

Mais ce n’est pas suffisant. Pour une chaîne d’approvisionnement qui dépend largement de l’exportation qui stimule la moitié de tous les revenus agricoles et fournit 2000 000 emplois au Canada, ce n’est pas tout à fait suffisant.

C’est pourquoi, en novembre 2018, quatorze dirigeants des associations nationales des producteurs de bétail, de produits laitiers et de volaille, ainsi que les chefs de la direction des principaux transformateurs de viande et de produits laitiers, ont écrit une lettre aux ministres FPT avec cette affirmation audacieuse : « En qualité de leaders de l’industrie, nous croyons qu’un meilleur avenir repose sur un nouveau modèle de gouvernance national qui… rassemblera l’industrie ainsi que les gouvernements fédéral et provinciaux dans un partenariat de prise de décision et de partage de ressources et qui sera décrit théoriquement par l’appellation de « Santé animale Canada ». 

Depuis, sous l’égide du Conseil national sur la santé et le bien-être des animaux d’élevage du Canada, et avec un excellent soutien d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, de l’Agence canadienne d’inspection des aliments et de nombreux ministères de l’agriculture provinciaux, un groupe de travail soutenu par un groupe de CEO Champions s’est dévoué à la construction, prévoyant présenter un nouveau modèle pour les décisions ministérielles et de l’industrie au cours de l’été 2020. En tant que trois personnes qui ont eu de longues carrières en agroalimentaire dans les secteurs public et privé et qui ont été marquées par des situations de crise, nous nous réjouissons de voir un effort aussi inclusif et énergique pour mener à bien le changement nécessaire.

Les options de changement sont nombreuses – d’exemples mondiaux comme Animal Health Australia aux réussites à profil bas comme la Société canadienne du sang (SCS). La Nouvelle-Zélande a son organisation unique, Biosecurity New Zealand, pour protéger tant la santé des plantes que des animaux. Il convient de reconnaître nos défis -- en biosécurité, traçabilité, système intégré de surveillance, partage des données, gestion des maladies de la faune, intervention d’urgence, programmation de zonage et de reprise des activités – et de résister à la tentation d’une « amélioration » plus graduelle. Sans compromettre aucunement le rôle international de l’ACIA en tant « qu’autorité compétente » du Canada, nous devons rationaliser le paysage organisationnel et pencher pour un modèle disposant de piliers légaux et financiers qui transformeront notre manière de travailler. Nous savons tous que « l’amélioration graduelle » ne viendra à l’esprit de personne si nous subissons une catastrophe de plusieurs milliards de dollars, tout comme elle ne l’était pas lorsque la SCS avait été fondée il y a plus de vingt ans, à la suite du scandale de sang contaminé.

Nous vivons dans un pays vaste, diversifié et compliqué. Les résultats de la récente élection fédérale nous le rappellent. Mais les pathogènes, virus, prions et parasites ne s’en font pas trop. Ni nos partenaires commerciaux, si le pire venait à arriver. Avec la peste porcine africaine qui frappe à notre porte, nous avons besoin d’un nouveau verrou de sûreté. Santé animale Canada est l’occasion que nous devons saisir en 2020.

 

Rory McAlpine
Vice-président principal, Relations avec le gouvernement et l’industrie
Les Aliments Maple Leaf Inc.

Dr Bruce Archibald
Président d’Archibald Innovations Inc. et ancien président de l’ACIA et sous-ministre, ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario

Dr Allan Preston
Ancien vétérinaire en chef et sous-ministre adjoint, Manitoba Agriculture